Membre d’une famille carougeoise de radicaux, la PLR a été biberonnée à la politique. Consensuelle, elle a une fibre sociale et défend les propriétaires.
C’est inédit: un ticket 100% féminin pour le Conseil d’État. Aux côtés de la sortante Nathalie Fontanet, aile libérale, figure Anne Hiltpold, benjamine d’une dynastie radicale carougeoise. Conseillère administrative de la ville sarde depuis 2015, cette femme élégante travaille en parallèle comme avocate-conseil à la Chambre immobilière. Malgré son nom, elle doit combler un manque de notoriété.
Tutoyant la cinquantaine, Anne Hiltpold a été biberonnée à la politique. Son père, Pierre, est devenu maire de Carouge quand elle était à l’école primaire. «Il était respecté», dit-elle. À la tête des Constructions, il dirigeait aussi un bureau d’architecte. La même activité que l’un de ses fils, l’ancien conseiller national Hugues Hiltpold. Un cousin, Serge, siège au Grand Conseil, avec une sensibilité libérale.
«La politique m’a toujours plu», confie Anne Hiltpold. Elle se souvient de l’équipe de campagne à la maison, dans l’immeuble acheté en 1926 par le grand-père dans le Vieux-Carouge, quand ses frères rentraient après avoir collé les affiches du paternel.
À la tête du Social
Quand son agenda s’affole, elle pense à lui. «Pour moi, cette vie, c’était normal.» Elle entre au Conseil municipal, en 1999, quand son père vient de quitter la Mairie. «J’avais 26 ans, j’étais en droit. J’étais secrétaire des radicaux de Carouge. J’ai tout de suite été élue. Le nom a joué. Mais je me suis fait un prénom, puisque, la fois suivante, j’ai été la mieux placée.»
Stage d’avocate, mariage, naissance d’un enfant, puis d’un autre: «J’étais très occupée!» En 2009, elle fait une pause de deux ans à la suite de sa séparation, puis revient au délibératif dans le but de conquérir la Mairie. Chose faite en 2015. Majoritaire, la gauche lui refuse l’Urbanisme. Elle pilote la Petite enfance, le Social, la police municipale et les Ressources humaines.
Elle développe des places de crèche, un numéro de portable est communiqué pour joindre à tout moment la police. Et les «horaires blocs», dans l’administration, sont flexibilisés pour faciliter la conciliation avec la vie privée. Une femme de droite à la tête du Social? «La gauche n’a pas le monopole du cœur, comme le disait Giscard. Carouge connaît un fort taux de personnes dans la précarité. Je suis très touchée par certaines situations, je n’ai aucun souci à mettre des moyens là où il y a des besoins.»
Rééquilibrer le logement
Au fait, est-elle à l’aise en plaidant l’alliance de toute la droite, y compris avec l’UDC? «C’est la seule manière de conquérir une majorité de droite au Conseil d’État.» Julien Barro, vice-président du Centre carougeois, la juge «consensuelle. Elle a la valeur du travail, avance sur des éléments concrets et s’affirme par son calme.»
«Femme de dialogue, elle est très collégiale, confie le conseiller national Vert Nicolas Walder, qui a gouverné avec elle. Elle est agréable et a de l’humour, même si elle est plus réservée que d’autres. Venant de l’immobilier, elle pourrait avoir tendance à défendre l’intérêt des possédants avant celui de tous les citoyens.»
Anne Hiltpold s’en défend: «Les propriétaires ne sont pas forcément des gens très aisés, sans égard pour leurs locataires! Beaucoup n’arrivent plus à payer leurs impôts. Et il faut de tout, ce qui passe par un rééquilibrage en faveur des PPE par rapport aux logements sociaux.» Se voyant diriger l’Aménagement, elle plaide pour une «densification du canton de qualité», avec des espaces verts et des équipements garants de la cohésion sociale.
Dilemme
La candidate s’imagine aussi piloter l’Instruction publique, avec la vision d’une école primaire sur le modèle allemand pour faciliter la vie des parents qui travaillent: école jusqu’à 13 h, puis activités sportives et culturelles l’après-midi.
Il y a deux ans, l’Exécutif de Carouge est devenu 100% féminin. Difficile, toutefois, de sortir des schémas de genre: elle se surprend parfois à ressentir le «syndrome de l’imposteur». Et culpabilise un peu d’avoir manqué des moments importants pour ses enfants.
Ce dimanche, soutiendra-t-elle son fils, 20 ans et champion suisse de cross-country, aux Championnats d’Europe à Turin? Ou remplira-t-elle, à Genève, ses engagements de campagne? Dilemme. Entre «un sportif d’élite qui doit manger de la viande rouge, plutôt libéral, et une fille végane, presque antispéciste avec une sensibilité verte», cette mère est régulièrement mise face à ses certitudes.
Carougeoise, elle vante l’âme villageoise de sa ville. Accepte le qualificatif de bobo «si cela signifie acheter dans les boutiques et le marché» de sa commune. Court pour se ressourcer. Et fait un ou deux trails par an. Dont Zermatt, 32 kilomètres, 1800 mètres de dénivelé. C’est à la fois plus et moins que la promenade de la Treille, qui mène au siège du Conseil d’État.